Rester tard au bureau ou la dictature du présentéisme

Il est 17h30 et vous vous levez, mettez votre veste et prenez votre sac. Dans l’open space, les yeux de vos collègues quittent leur clavier : « Tu as pris ton après-midi ? ».

Voilà un mal typiquement français : le présentéisme. En effet, dans la culture d’entreprise française, plus nous restons tard au bureau et plus nous sommes importants. Cette notion est extrêmement présente chez les cadres : nous sommes mieux payés, donc nous restons plus longtemps sur notre lieu de travail. Comme si le travail était quantifiable en terme de temps de présence.

Je suis (là) donc je travaille

Être présent à son poste est en soi un signe de loyauté envers son employeur et un certain positionnement envers ses collègues : je suis là, moi. Récemment, une chef d’entreprise me disait :

 » Je demande à mes futures collaborateurs leurs horaires de travail et c’est un vrai critère de recrutement ».

Quand on regarde autour de nous, en Europe, on se rend compte que les allemands sont très attachés au respect des horaires de travail, afin de concilier vie professionnelle et vie privée. Les anglais, quant à eux, vont regarder de travers un cadre qui reste travailler tard (régulièrement) : manque d’organisation, de production ?

Mais alors, pourquoi ?

Sans doute parce que le top management en France n’a pas encore mis en place un système basé sur la confiance et les objectifs ! Être manager rime encore trop avec « avoir le contrôle », et rester tard le soir est une sorte de contrôle : je vois qui pars en dernier (et donc qui sera bien vu) et je ne rate aucun appel/email de mes supérieurs. Il y a donc un cercle vicieux du présentéisme.

Les dirigeants des (grande) entreprises françaises sont de la « vieille » école (même si je n’aime pas ce terme) : ils ont été élevés violemment, se mettent en colère, envoient des mails à 23h00 et ne comprennent pas qu’on ne leur répondent pas et n’ont pas de vie de famille… Ce sont des « leaders négatifs », qui basent leur pouvoir sur le contrôle et la dureté.

Le présentéisme coûte cher aux entreprises : car présentéisme n’est pas compatible avec productivité. Qu’une personne soit plus efficace à 21h00 qu’à 08h00, cela peut se comprendre. Mais d’en faire une règle pour tous, cela freine la productivité.

Vers un avenir plus équilibré ?

De nombreuses entreprises ont compris que le présentéisme nuisait à leur société et menait au burn-out. La Poste, Areva, Orange ont mis en place un « droit à la déconnexion » (pour ne pas répondre aux email entre 21h00 et 07h00). Le groupe Natixis coupe la messagerie entre 21h00 et 07h00 et le week-end et Axa n’organise plus de réunion entre 18h00 et 09h00.

Et il faut compter avec une nouvelle génération qui commence à émerger : plus connectée, plus réactive, elle connait les limites des outils qui nous entourent. Et de par le fait, elle aime mettre des barrières entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Nous pouvons croire qu’à terme elle puisse réussir à faire changer les plus réfractaires.